mardi 25 juillet 2017

Agricole Tour 2017 - 1ère Partie


L'Agricole Tour bat son plein, écumant les festivals et les évènements à travers le monde. Benoît Bail et Jerry Gitany ont entrepris ce périple pour propager le message du rhum agricole des Antilles Françaises et de Guyane, petit poucet de la sphère rhum que nous connaissons bien en France mais qui mériterait plus de reconnaissance à l'international.

En effet, alors que pour nous ce style de rhum est une évidence, car présent dans le moindre petit café ou la plus petite supérette et ancré dans notre culture depuis plusieurs générations, on constate que ce n'est pas le cas dans le reste du monde, et même chez nos plus proches voisins.

J'ai donc tenté de faire un état des lieux de l'agricole en recueillant des témoignages d'acteurs divers et variés du monde du rhum, afin de comprendre l'intérêt de cet Agricole Tour et de mesurer le chemin qui reste à parcourir pour que ces rhums fabuleux soient reconnus à leur juste valeur. Vous verrez que certains territoires seront très difficiles à conquérir alors qu'ailleurs on compte déjà de grands passionnés qui vouent un véritable amour au rhum de pur jus de canne.

Je laisse d'abord la parole à Ian Burrell, grand passionné, ambassadeur mondial du rhum et organisateur du UK Rum Fest :


"Le rhum agricole est un des trésors inexplorés du monde des spiritueux. Ce rhum de canne à sucre fraîche ne capture pas seulement le cœur et l'essence de la canne, mais aussi l'esprit du producteur de rhum agricole. Vieilli de la même façon que les distillats de mélasse, il offre également une gamme aromatique qui plaira à tous les connaisseurs de spiritueux à travers le monde...s'ils prennent la peine d'y goûter."

Hervé Damoiseau - Rhums Damoiseau - Guadeloupe


"Jerry et Benoît ont entrepris le pèlerinage pour expliquer que les meilleurs rhums au Monde sont agricoles, ce qui était nécessaire, et c'est exceptionnel. Il est important d'expliquer notre matière première, la canne a sucre, notre méthode d'élaboration et même de vieillissement de ces rhums qui traduisent un spiritueux naturel sans édulcoration ou aromatisation, tout aussi bon blanc que vieilli. La route sera longue, mais il fallait bien un jour l’entamer, pour que rhum se fasse !"

Marco Freyer - Barrel Aged Mind - Allemagne


"On peut dire qu'il y a peu d'information disponible en Allemand, qui soit indépendante et non influencée par un discours commercial relayé par des représentant de marques. Quand je cherche des informations, je dois aller chercher auprès de sources en Français la plupart du temps. Mais je suis plus curieux que l'amateur de rhum moyen ;)

Le rhum agricole est assurément intéressant et compte de nombreux joyaux. J'ai eu la chance d'en déguster quelques uns lors d'un rassemblement dans le sud de la Bavière. La plupart d'entre nous ont été surpris lors de cette dégustation privée organisée par un membre de notre groupe. Ce fut très intéressant et riche d'enseignement.

Personnellement, je souhaiterais qu'il y ait d'avantage de rhums avec un taux plus élevé d'alcool et d'arômes comme le J Bally 1998 Brut de fût. Cependant, certains sont capables d'avoir un punch et des saveurs considérables avec un taux d'alcool assez réduit.

Je ne peux pas parler au nom de tous les Allemands bien entendu, juste des impressions que j'ai rassemblées jusqu'ici."

Richard Seale - Distillerie Foursquare - Barbade


"À la Barbade, et je dirais même en tant que "non-Français" en général, nous n'avons malheureusement pas très souvent l'occasion de rencontrer de l'agricole. J'ai beaucoup apprécié le fait de passer du temps avec Benoît et Jerry et d'ainsi agrandir infiniment ma connaissance et ma découverte de l'agricole. Ce Tour est une idée fantastique et Ben et Jerry en sont de superbes ambassadeurs."

Carlos Esquivel - Fine rums of Panama - Panama


"Pour moi, le rhum agricole représente l'école classique et première de la fabrication de rhum. Grâce à la technologie moderne, il peut être produit à une échelle plus massive et avec une régularité constante. Bien que je n'en sois pas un grand amateur, je trouve que certaines expressions sont très appréciables.

Pour ce qui est de leur perception au Panama, on aura malheureusement encore besoin de beaucoup d'éducation, travail que les producteurs de rhum agricole n'ont pas encore fait ici."

Milan Hava - Rum House - Prague


"Les rhums agricoles sont populaires en République Tchèque, mais 98% des gens préfèrent les rhums sucrés, de style Espagnol. Au bar, nous adorons les rhums agricoles et essayons de les promouvoir."

Peter Holland - The Floating Rum Shack - Angleterre

"Le rhum agricole est un spiritueux bien différent, en termes de profil aromatique, par rapport à ce à quoi nous sommes culturellement habitués. Le Britannique moyen, s'il connait un tout petit peu le rhum, sait peut-être qu'il est fait à partir de mélasse. Il aura peut-être entendu parler de la cachaça, ne serait-ce qu'avec la Caïpirinha. Mais il ne sait probablement pas que ça peut être un distillat de jus de canne. Le rhum agricole est d'autant plus ésotérique qu'il n'y a personne pour présenter cette catégorie dans les bars etc.

D'un point de vue personnel, mon amour du rhum agricole grandit chaque année. Quand je fais des dégustations où figure cette catégorie, à partir du moment où je prends le temps d'expliquer la différence que fait à la base l'utilisation du jus de canne frais quand c'est possible, ou un équivalent conservable dans le cas contraire, alors j'obtiens un très bon taux de conversion. Une fois que les gens le comprennent, ils savent l'apprécier. Cela ne veut pas dire qu'ils ne boivent soudainement plus que cela, mais ils ont au moins une opinion éclairée.

Bien entendu cela ne prend pas chez tout le monde. Parfois le profil aromatique est juste trop vif. Et c'est très bien, chacun a le droit d'avoir son opinion et ses préférences.

J'aimerais qu'il y ait plus d'agricole au Royaume-Uni, mais il faudra beaucoup de travail et d'éducation pour que cela arrive. L'agricole Tour est un fantastique début pour cela."

Jill Cockson - Swordfish's Tom - Kansas City


"J'ai travaillé par le passé au développement de l'image de marque de "The Other Room", le seul bar du Nebraska nommé aux James Beard awards (James Beard est une fondation visant à promouvoir les arts culinaires Américains, ndlr). Je reproduis actuellement le concept à Kansas City, sous le nom de Swordfish Tom's. Le rhum est un spiritueux très tendance dans notre région.

D'après mon expérience, les gens ont tendance à associer le rhum (en tant que catégorie au sens large) aux cocktails de plage excessivement sucrés. Le retour aux classiques (bien exécutés) aide à remettre les choses en place. J'adore montrer à mes clients la variété des rhums. Je propose des cocktails au rhum agricole qui rencontrent un bon succès, et le principal retour que j'en ai est que ce rhum a un nez herbacé, un peu comme la tequila. Si un client me dit qu'il est fan de tequila, c'est une bonne occasion de lui présenter la famille du rhum agricole. J'aime aussi proposer des "flights" où le client peut essayer un rhum agricole aux côtés d'autres expressions du rhum, ce qui lui permet d'apprécier toute une gamme de styles. Typiquement, toutes les personnes qui goûtent le rhum agricole l'apprécient.

On ne peut pas dire que cela se vende encore bien sur notre marché, mais ça en prend le chemin. Je pense que les catégories du rhum agricole et de la cachaça vont continuer à avancer ensemble, à mesure que les bars vont se concentrer sur la convivialité et la qualité.

Je ne peux pas parler pour tout les Etats-Unis, mais j'ai une idée de la raison pour laquelle une catégorie comme le rhum agricole demeure méconnue de beaucoup dans le Midwest. Dans sa majeure partie, notre secteur est tenu par un système tripartite, qui fait que les professionnels sont obligés de passer par un distributeur tiers. Sur un petit marché, les distributeurs hésitent souvent à investir sur un produit qui ne fait pas l'objet d'une forte demande, mais cela crée un cercle vicieux. Comment décréter qu'un produit ne fait pas l'objet d'une demande si personne sur le marché n'a eu l'opportunité de l'essayer ?

Il peut être difficile mais satisfaisant de convaincre une maison d'alcools de rentrer des produits qui sortent du catalogue classique. Je travaille justement au développement de bonnes relations avec mes distributeurs afin qu'ils puissent plus facilement proposer les produits que j'ai envie de vendre."

Javier Herrera - Congreso Del Ron - Madrid


"Personnellement j'aime beaucoup le rhum agricole, qui représente près de 90% de ce que je bois aujourd'hui. En Espagne, la culture du rhum n'est pas encore très développée. Elle se concentre avant tout sur les rhums d'Amérique Latine et sur les cocktails "festifs" avec du cola etc. Les rhums de dégustation entrent en scène petit à petit, portés par les bartenders et les aficionados des grandes villes. Cette tendance s'observe d'ailleurs au Congreso Del Ron : pour sa première édition en 2012, 85% des rhums représentés étaient des rhums légers destinés aux cocktails, alors que pour la dernière édition en date, ce chiffre s'est inversé avec 85% de rhums de dégustation.

Pour ce qui est de l'agricole, il y a encore beaucoup de travail à faire. Clément est présent depuis un moment mais commence à diminuer. En revanche, Trois Rivières est de plus en plus répandu, avec notamment la Cuvée de l'Océan qui est très appréciée des bartenders.

On constate que lorsque l'on prend le temps d'expliquer le rhum agricole, les gens sont vraiment plus à même de l'apprécier. L'Agricole Tour est en cela une très bonne chose. Reste à Benoît et Jerry à apprendre l'Espagnol !

Cette année l'Agricole Tour tenait une place importante au Congreso et nous avons remis le prix du Maestro Ronero de l'année à Marc Sassier des rhums Saint James. Je pense que le rhum agricole va être une révolution dans les deux années à venir et sera alors très important dans le monde du rhum. Aujourd'hui le rhum de Martinique est entré dans une phase de grande modernité et la Guadeloupe est en train de se construire beaucoup plus de stocks de rhums vieux que par le passé.

Je pense également qu'à l'avenir on fera du rhum agricole un peu partout en dehors des îles Françaises. Même si en Europe cette dénomination est restreinte et réglementée, ce n'est pas le cas ailleurs. On ne reproduira pas forcément le travail de ces maisons de Martinique, de Guadeloupe ou de Guyane, mais les rhums de pur jus vont être de plus en plus produits à la travers le monde."

Kate Perry - Rumba - Seattle

"Mon point de vue sur le rhum agricole est un peu unique aux US. Chez Rumba, nous avons peut-être la plus grande collection de rhum agricole (en bar, en dehors des collections privées) au monde. Nous adorons le rhum agricole. Nous consacrons beaucoup de temps et d'énergie à faire que nos clients s'y penchent et à l'enseigner à qui veut bien l'entendre.

Ce n'est pas le cas partout aux US. Je crois qu'avant même de parler de rhum agricole, il faut déjà savoir que les consommateurs Américains ne connaissent et n'apprécient que très peu le rhum en général. Alors que la catégorie rhum dans son ensemble semble grandir et se faire remarquer, il y a toujours l'idée répandue que rhum = spiritueux sucré, épicé ou bon marché. Je dirais que la plupart des Américains associent toujours le rhum à des marques comme Malibu, Captain Morgan et Bacardi. Chaque jour je parle avec des clients qui n'imaginent pas que le monde de rhum est si étendu, ou même que l'on puisse le boire sec. Avant d'aborder la compréhension que les US ont du rhum agricole, il faut déjà considérer un manque de connaissance du rhum en général.

Cela dit, je pense que le rhum agricole a un gros potentiel dans les villes Américaines qui ont une culture du cocktail et des spiritueux. Aujourd'hui le Mezcal est très populaire chez les bartenders et les passionnés de spiritueux. Si j'ai un client au bar qui répond "mezcal" ou "scotch" quand je lui demande ce qu'il boit d'habitude en dehors d'un bar à rhum, je sais d'avance qu'il pourrait apprécier le rhum agricole. A l'évidence, je sais qu'il aime les arômes puissants et robustes, et s'il aime le mezcal, il est déjà familier avec le fait de boire sec un spiritueux non vieilli.

Aux Etats-Unis, la culture du spiritueux bu sec n'est pas répandue. Le White Dog, le whiskey blanc, essaie de percer mais ne plait pas au grand public. Beaucoup pensent également que "plus vieux c'est, meilleur c'est" donc ne songeraient jamais à boire quelque chose de non vieilli.

Pour les clients un peu plus aventureux ou les geeks, je pense que le rhum agricole est perçu comme un niveau supérieur par rapport au rhum de mélasse. C'est quelque chose de mystérieux et d'exclusif, en dehors de ce que la plupart considèreraient comme un rhum "normal". C'est exceptionnel pour moi de voir un client qui n'a aucune expérience de ce style de rhum l'essayer pour la première fois. C'est si différent de ce qu'ils pouvaient concevoir du rhum. C'est vraiment un nouveau monde qui s'ouvre pour les gens.

Je vends du rhum vieux principalement aux buveurs de Scotch ou d'agave vieillie. J'adore servir un bon agricole vieux aux stéréotypes de businessmen quadras qui s'assoient au bar et demandent un bon single malt. Leur regard surpris et ému est alors fantastique, quand ils découvrent le versant épicé, terreux et sec du monde du rhum, plein de saveurs et de complexité. Ce n'est pas tourbé ou fumé comme le Scotch, mais cela chatouille les mêmes zones que l'amateur de Scotch apprécie.

Il est très rare qu'un client entre au Rumba pour la première fois et commande un rhum agricole, blanc ou vieux. C'est en général un bartender ou un geek du rhum qui sait que nous sommes bien fournis. Pour nous c'est surtout quelque chose que l'on aime faire découvrir, quelque chose que l'on conseille à quelqu'un qui aime les arômes francs et massifs et qui pourrait ainsi apprécier l'agricole. C'est une progression naturelle, typiquement les clients préfèrent d'abord les choses comme Diplomatico ou El Dorado, des choses riches et luxuriantes. Puis ils explorent un peu plus et passent peut-être au Panama ou à Haïti. Ils creusent encore un peu et découvrent la Jamaïque. Ils tombent amoureux de l'exubérance et cherchent des rhums de plus en plus exubérants, jusqu'à boire du Hampden sec. Puis ils cherchent quelque chose d'autre, quelque chose de nouveau, quelque chose de grand et ahhh : bienvenue dans le rhum agricole.

Alors non, les gens ne connaissent ni les marques ni les îles. Nous leur apprenons tout cela. Nous explorons ensemble les différences entre les styles Martiniquais et Guadeloupéens. On y met un peu de Réunionnais ou même un peu de Laotien ou de Thaïlandais. On les convertit au Ti'Punch et ils convertissent ensuite leurs amis. Nous adorons le rhum agricole et nous adorons le partager."

Mario Navarro - Ambassadeur du rhum - Valence (Espagne)


"Malheureusement, beaucoup de gens ne connaissent pas le rhum agricole. Il ne connaissent même pas l'existence de ces excellents rhums. En Colombie, les gens boivent surtout des rhums Colombiens, éventuellement des rhums du Guatemala ou d'autres marques à succès en Amérique Latine. Ils ne connaissent pas du tout les rhums de Martinique ou de Guadeloupe. C'est la même chose au Venezuela ou en Amérique Centrale. Ce sont des pays producteurs de rhum et les gens boivent plutôt des produits locaux en général. Il y a un travail d'éducation à faire et je suis sûr que les gens en Amérique Latine sauront apprécier le rhum agricole, mais aujourd'hui on part de zéro.

En discutant avec Jerry au Congreso de Madrid, il me disait que même sur des îles comme la Jamaïque par exemple, qui sont plus proches de la Martinique et de la Guadeloupe, les gens ne connaissent que le rhum Jamaïcain, ou à la rigueur Bacardi et Captain Morgan. Mais ils ne connaissent pas du tout d'autres rhums de qualité en dehors de ceux de leur île. C'est la réalité, et on imagine alors facilement ce que cela peut être pour des pays plus éloignés.

Il faut dire aussi que les rhums agricoles bénéficient d'un régime fiscal favorable lorsqu'ils sont exportés vers la France ou l'Europe. Mais lorsqu'ils doivent exporter sur d'autres marchés comme celui de l'Amérique Latine, ils sont en dehors du marché, les prix sont trop élevés, ils ne sont pas compétitifs. Les rhums agricoles ont beaucoup de succès en Europe, mais aussi au Japon, car les Japonais sont prêts à dépenser pour un produit qui a une histoire intéressante.

En Amérique Latine, la réalité est totalement différente, les gens qui ont les moyens représentent une part très restreinte de la population. Le rhum agricole est donc un vrai produit de luxe là-bas, il est très difficile de le vendre face aux produits locaux. De plus, le profil aromatique est très différent de celui des rhums d'Amérique Latine ou même des autres îles de la Caraïbe. Pour toutes ces raisons, les producteurs de rhum agricole ne se sont pas vraiment concentrés sur l'Amérique Latine."

Ed Rudisell - Shift Drink Podcast / Restaurant Black Market - Indianapolis


"Nous vendons pas mal de rhum agricole dans notre restaurant d'Indianapolis, le Black Market. L'équipe en raffole. Plusieurs membres du personnel et moi même sommes allés en Martinique et en Guadeloupe pour visiter les distilleries.

Nous remarquons que la plupart des gens ne sont simplement pas conscients des différences entre les styles de rhums. Etant donné le fait que l'agricole est notre style de prédilection, nous prenons le temps d'expliquer aux gens ce qui fait qu'il est si différent. Une fois que les gens comprennent comment le terroir peut transparaitre à travers le jus de canne, ils deviennent vraiment curieux.

Nous encourageons nos clients à goûter un Ti'Punch dans un premier temps, pour se familiariser avec les notes terreuses et herbacées (selon le rhum). Le rituel de préparation de son propre verre est quelque chose d'enthousiasmant non seulement pour les clients au bar, mais aussi pour les gens assis autour. Je ne me souviens que d'une personne sur ces 5 dernières années qui n'était pas très fan du rhum agricole blanc, mais qui par contre aimait beaucoup les expressions vieillies. Pour nous, l'enjeu principal est de comprendre ce que chaque rhum peut apporter afin d'identifier celui qui conviendra à chaque personne. Je crois que le fait de prendre quelques minutes, pour expliquer que seulement 4% environ des rhums du monde sont faits avec cette méthode, permet de montrer à quel point l'AOC Martinique est unique.

Aucun rhum dans le monde ne propose une expression aussi prononcée du terroir. Nous prêchons chaque jour le gospel du rhum agricole, et nous continuerons à le faire. Si les gens comprennent et achètent ces très beaux rhums, alors peut-être que plus d'importateurs et de producteurs ouvriront les yeux et permettront d'en apporter d'avantage sur le marché Américain."

Robert Burr - Rob's Rum Guide / Miami Rum Festival - Miami


"L'héritage de la production de rhum en Martinique est unique dans le monde des spiritueux. Pour vraiment comprendre les rhums agricoles, il faut les découvrir sur leur île, dans le contexte du décor où ils ont évolué.

On peut sans doute dire la même chose des vins. Lors-qu’appréciés sur place, ils reflètent fidèlement leurs régions.

Déguster un Ti'Punch alors que le soleil se couche sur le lagon, partager ce moment avec des amis, respirer le charme des Antilles Françaises en se livrant à leurs traditions, c'est commencer à comprendre le rhum agricole. Une visite des distilleries, une leçon sur les techniques et les méthodes, une découverte du savoir-faire de ces maîtres du rhum offrent une base de compréhension de la raison pour laquelle ces rhums sont prisés. On peut alors commencer à comprendre pourquoi, dans le vaste monde des rhums, la Martinique sera toujours considérée comme une Mecque, un endroit de pèlerinage pour l'amateur de rhum.

Malheureusement, peu d'Américains ont visité ou visiteront la Martinique, ils n'auront donc qu'un mince aperçu des qualités de ce spiritueux. De plus, les subventions de ces spiritueux en Europe sont une barrière à leur importation à un prix juste aux Etats-Unis, donc la perception des rhums agricoles comme chers et exotiques demeure un frein à une plus grande popularité sur notre marché. Un investissement majeur en marketing aux US n'offrira peut-être pas un retour sur investissement satisfaisant s'il ne comble pas en quelque sorte ce manque de compréhension."

Emmanuelle Parent - La Favorite - Martinique


"Le Rhum Martiniquais est de plus en plus connu et reconnu en France et à l'international. Il représente le haut de gamme du Rhum, un produit de niche, moins de 2% de la production mondiale de ce spiritueux. Les producteurs ont revu leur offre, ont affiné leur travail pour proposer des produits tendant toujours plus vers l'excellence.

La Favorite est une petite production (à peine 3% de la Martinique) artisanale, une entreprise familiale, dont les coûts de production ne peuvent rivaliser avec ceux de nos confrères plus importants. Nous devons donc opter pour un positionnement haut de gamme, nous démarquer sur notre production et notre offre. Couper nos cannes à la main, les broyer avec notre historique machine à vapeur, et enfin embouteiller et cacheter nos bouteilles entièrement à la main. Nous proposons une vraie différence à ce niveau et c'est bien là notre force.

Le rhum agricole a gagné ses lettres de noblesse, et les amateurs du monde entier sont en quête de cette excellence à la française. On ne consomme plus le rhum, les spiritueux comme avant. On recherche une histoire, le travail de femmes et d'hommes, un produit authentique, une culture. Les palais s'éduquent à la dégustation, au respect du produit et de son terroir.

Même ici en Martinique, le mode de consommation a changé ; les ventes ont chuté en volume, mais augmentent chaque année en valeur. L'export est très intéressant pour nous, c'est notre avenir. Chaque année depuis 5 ans, nous conquérons de nouveaux marchés (l'Espagne et la Belgique cette année, bientôt la Russie). La France, notre pays, reste encore notre premier marché. Dans ce sens, nous avons donc besoin de nous faire connaître dans les pays que nous visons, nous avons besoin d'une présence sur les salons (particulièrement ceux dédiés au Rhum qui naissent chaque année) pour promouvoir notre travail, nos métiers et notre passion commune.

Malheureusement, notre force de vente étant uniquement basée en Martinique, il est vraiment essentiel pour nous de trouver des ambassadeurs, des partenaires qui sauront valoriser l'authenticité de notre marque et la faire connaître au plus grand nombre. C'est pourquoi le projet Agricole Tour, mené par Benoît Bail et Jerry Gitany, nous a tout de suite séduit.

En premier lieu, ce sont des personnes de confiance avec qui nous échangeons depuis plusieurs années maintenant. Nous avons lancé ensemble en 2015 la Cuvée spéciale 1995 sélectionnée par la Confrérie du Rhum. Ce beau bébé nous a rapproché, et la passion commune qui nous anime est ce qui nous a fait nous décider pour participer à cette aventure, commencée en 2016, et qui se poursuit en 2017, avec un programme bien plus étoffé que l'an passé. The Rum Embassy est une excellente opportunité pour nous. Ils sauront transmettre avec émotion notre savoir-faire.

Le chemin est encore long, mais le Rhum Agricole a fait un bond ces 8 dernières années, et ce n'est que le début, j'en suis persuadée."

Christelle Harris - Hampden Estate - Jamaïque


"J'aime beaucoup l'agricole. C'est merveilleusement parfumé, et bien qu'étant différent de ce à quoi nous sommes habitués en Jamaïque, on y trouve quelques similitudes avec les rhums d'Hampden en particulier. A propos du nez d'un Rum Fire de Hampden par exemple, les gens disent souvent "ça me rappelle un agricole"...Je trouve ça sympa. 
Les Jamaïcains n'ont pas conscience de la diversité du rhum. En général, ils ne connaissent pas l'existence même de l'agricole. Personnellement, j'ai la chance de le connaitre de par mon engagement sur le terrain international du rhum."

Nicholas Feris - Rum Collective / International Rum Council - Seattle


"J'ai vraiment connu le rhum agricole (et l'AOC) lorsque j'ai participé à un voyage avec l'office du Tourisme de Martinique en 2012. J'ai visité toutes les distilleries et découvert la culture des Antilles Françaises. Aujourd'hui, je représente les rhums Clément, JM et Damoiseau pour le Nord Ouest des USA.

Le rhum agricole se fait de plus en plus remarquer chez les professionnels et les consommateurs. On voit que l'intérêt pour ce type de rhum se développe, bien que doucement. On en trouve quelques références chez la plupart des grands cavistes, mais ce sont plutôt les plus petits cavistes de niche qui proposent la plus grande variété de marques d'agricole. On trouve surtout les rhums Clément, JM et Damoiseau, les autres marques comme Saint James, La Favorite ou Neisson ont moins le vent en poupe aux USA, surtout pour des raisons de force de vente. La présence d'une marque n'a pas forcément à voir avec la taille de la distillerie, mais vraiment avec la taille de l'équipe qui la représente, à partir du moment où le produit est bon et qu'il peut susciter l'adhésion.

Éduquer et vendre du rhum demande beaucoup d'efforts. Vendre du rhum agricole et faire en sorte que les gens comprennent le rapport entre la valeur du rhum et le prix d'une bouteille est encore plus délicat. Le grand public ne connait pas le terme "agricole" que ce soit à propos de rhum ou d'autre chose. La plupart des gens pensent que le rhum doit être bon marché, et cela parce que les marques provenant de Porto Rico ou des Iles Vierges sont largement subventionnées, produisent des rhums à partir d'usines multi-colonnes pour trois fois rien et les vendent simplement pour être mixées avec tout ce que l'on veut du moment que l'on n'en sente pas le goût.

Le futur du rhum, ce sont les rhums de qualité de Jamaïque, Martinique, de la Barbade et de Guadeloupe, je suis prêt à le parier. Mais le marketing et le travail d'équipe jouent un rôle important. Le rhum agricole est un marché inexploité, qui nécessite plus de temps et de force de vente. Les États-Unis représentent la plus grande population de consommateurs de la planète...qui reste à éduquer, malheureusement."

Matt Pietreck - Cocktail Wonk - Seattle


"La diversité du rhum est sa plus grande force, mais aussi sa plus grande difficulté. Les consommateurs jugent facilement la valeur du rhum par son plus faible dénominateur commun : les rhums de production de masse, relativement insipides et dépourvus de caractère. Les fabricants de Whisky à travers le monde ne s'efforcent pas de tous produire le même spiritueux. Au lieu de cela, ils mettent en avant et protègent les expressions régionales comme le Bourbon, le Scotch ou le Whiskey Irlandais. Dans le monde des spiritueux de canne, les producteurs de rhum agricole des territoires Français ont pris en main la façon de définir ce qui fait la spécificité de le rhum, et l'éducation des consommateurs. L'agricole Tour renforce cette position de fer de lance."

Forrest Cokely - The Rum Lab - Californie


"Dans mon esprit, l'image et l'idée que je me fais du rhum agricole, ce sont des champs et des fleurs, des rivages où les vagues viennent s'écraser ; ce sont des gens en sandales, travaillant dur et sachant se détendre ; c'est la profondeur, l'honnêteté, la beauté et la complexité.

Le fait de faire partie des illuminés du rhum m'a apporté bien des occasions d'apprécier le rhum agricole, et j'en ai bien entendu profité. Je suis content d'observer la tendance à la hausse de l'estime et de la visibilité du rhum agricole aux Etats-Unis durant cette dernière décennie. Je me souviens du temps où le grand public commençait tout juste à en entendre parler et à quel point il était difficile d'expliquer les nuances qui existent entre le rhum de pur jus et celui de mélasse. Je pense que le grand public est tout à fait prêt à adopter le rhum agricole, c'est ce qui est en train de se passer et il suffit juste d'une plus grande visibilité, d'une compréhension plus profonde et cela au moment adéquat.

En tant qu'amoureux du rum / rhum, j'ai bu du rhum agricole avec plein de gens, mais je n'ai fait qu'effleurer le sujet. C'est le moment d'expliquer et de mieux comprendre le rhum agricole en Amérique, et c'est avant tout le moment de mettre la lumière sur quelque chose de beau. C'est ce qui fait que la vie vaut d'être vécue. "Victoire à rhum agricole !" (en Français dans le texte ! ndlr)."


À suivre...

mardi 20 juin 2017

Portfolio : Rum-Trip par Florent Beuchet


Florent Beuchet est le créateur de La Compagnie des Indes, un embouteilleur désormais bien connu qui propose des rhums d'origines et de styles très variés. Leurs assemblages sont de bonnes portes d'entrée au rhum alors que leurs single casks (fûts uniques en petites séries) sont des expressions plus marquées et fidèles à leur tradition respective. Le créateur s'éclate régulièrement, en sortant des sentiers battus pour proposer des petites folies comme la série des Boulets de Canon (expériences autour du fumé) et l'Oktoberum par exemple. J'avais déjà consacré deux articles à la fine équipe : une dégustation et une journée mémorable à la découverte du métier.
Pour sélectionner des rhums, un bon nez et un bon palais sont essentiels bien entendu (il faut aussi une bonne condition physique et un sacré entrainement car choisir le meilleur rhum après avoir dégusté des dizaines d'échantillons directement tirés du fût relève de l'épreuve de force). Mais pour comprendre les rhums, les raisons de leur typicité, leur philosophie, leur histoire, il faut aussi avoir une certaine culture. Et dans le rhum, les cultures sont multiples, il y a autant de façons de le faire que de pays producteurs, et c'est bien ça qui le rend si passionnant.
Afin de parfaire cette culture et aussi d'échanger avec les producteurs, Florent a entamé le pèlerinage que tout amateur rêve d'entreprendre. Je vous propose de vivre par procuration ce tour de la Caraïbe avec escales aux Amériques (Centrale et du Sud). Voici quelques photos de moments qui ont marqué le voyage, avec les commentaires de Florent. Attention #RumPorn
(Oui, c'est vrai que je ne me suis pas embêté, c'est lui qui a fait tout le boulot ! Merci Florent ;)

Martinique - A1710

"Être en dehors de l’AOC leur permet d’avoir plus de possibilités d’innovation mais aussi de se détacher des règles trop drastiques comme la distillation continue et une durée de fermentation bridée ; ils fermentent beaucoup plus longtemps que leurs collègues et ils distillent dans un alambic hybride qui leur permet de contrôler le flux et de produire en plus petites quantités."
Trinidad - Angostura 
"Pour faciliter la sélection dans ce chai impressionnant, les fûts sont marqués selon le type de chauffe et leur origine précédente. Cela donne déjà une bonne idée du profil organoleptique du Rhum."

Marie-Galante - Bielle


"Ces Dames Jeanne contiennent des rhums très très vieux, ce sont leur trésors…" 


- Est-ce qu'il serait envisageable de sélectionner des rhums de chez Bielle ?
- "Acheter des rhums de chez bielle est une possibilité en effet."
- En voila une bonne nouvelle !!




Salvador - Plantation de café

"Il ne s'agit pas d'un indice sur le prochain boulet de canon mais cela m’a donné des idées. Cette visite de plantation de café et du producteur était une révélation sur le monde du café et surtout une grande leçon sur les vrais arômes du café quand il n’est pas sur-brulé pour en cacher les arômes. Un peu le même système que les rhums surfaits pour cacher la mauvaise qualité du produit de base."
Salvador - Cihuatan

'C’est sur la route du retour de la distillerie que l’on a vu ses petites cabanes le long de la route. Le Chaparro est un alcool local distillé par les paysans Salvadoriens. Très bon marché mais en gros très mal distillé et la simple gorgée m’a filé le mal de tête. Il me semble que c’est fait à partir de maïs."
Grenade - Clarke's Court 

"Sur l’île de Grenade il y a deux distilleries qui produisent : Clarke’s Court et Rivers Antoine. Westerhall est un blender affineur, ce n’est plus une distillerie. Clarke’s court est la grosse distillerie de l’île qui importe de la mélasse et Rivers fait du pur jus de canne (transformé en sirop de canne), cette dernière étant récoltée sur les terre de la distillerie dans un rayon de 5 km."
Guadeloupe - Damoiseau

"Après ce voyage, j’ai rencontré pas mal de distillateurs à qui j’ai pu faire part de ma philosophie et de ma marque, et il se peut que je sorte de plus en plus de rhums de Vesou."
Guyana - Demerara Distillers Limited

"Chez Diamond il y a plusieurs marques de distillation que l’on retrouve bien rangées dans les chais, par catégories :
  • PM = Port Mourant

  • VSG = Versailles Sugar Estate

  • DHE = Diamond High Esters

  • ICBU = Savalle 1 & 2

  • UMS = Uitvlugt (?)

  • AN = Albion

  • LBI (fait de la même manière que lorsqu'il était distillé à La Bonne Intention) = Savalle at Diamond

  • EHP = Enmore Still (Edward Henry Porter)


"Le rhum au moment de la photo était un Diamond sorti de leur nouvelle colonne de rectification."

"Ils utilisent leur DHE avec parcimonie dans leurs Blends"
Barbade - Foursquare

"Richard (Seale ndlr) aime utiliser des fûts différents pour voir l’évolution de ces derniers. Il a reçu récemment des fûts de chez Hampden."
Martinique - Le Galion

"Je n’en utilise pas mais les grands arômes, du fait de leur concentration aromatique plus élevée, sont toujours des ingrédients très intéressants pour des assemblages."
Jamaïque - Hampden

"Ahlalala tant de choses à dire sur Hampden. L’atmosphère dans les chais de fermentation est particulière. C’est comme se retrouver dans un vieux bateau à voiles : des toiles d’araignées, des fuites, des odeurs de bois (du cèdre notamment car ces cuves de fermentations sont faites en Cèdre etc…) Une des cuves contient des fruits macérés et mélangés à la mélasse et au jus fermenté." 

"Ces deux fruits sont très communs en Jamaïque ; le Jacquier et les Nesberries. Le premier a un goût très puissant de Mangue/Litchi/Ananas et le deuxième est un mélange entre le kiwi et la nèfle. Une fois qu’on a gouté le premier on le retrouve de suite dans tous les rhums de Hampden !"

"Les Muck Pits : ce sont les résidus de distillations et de cannes des années précédentes mis en terre pendant 5 ans. Ils sont incorporés l’année de distillation dans une cuve avec de la mélasse fermentée, puis le tout est mis avec parcimonie dans l’alambic à chaque distillation."
Martinique - HSE 

"Les gens de HSE sont très en lien avec l’art sur place et la visite de la distillerie allie aussi celle d’un musée d’art contemporain."
Martinique - JM 

"Peu de distilleries ont leur propre tonnellerie. C’est le cas pour JM et aussi pour Angostura et DDL, mais c’est pratiquement tout."
Guadeloupe - Montebello

"Le système de purification de l’eau avant rejet dans la nature. C’est un point très important pour les distilleries situées dans les DOM car elles doivent suivre les normes françaises pour l’environnement contrairement à leurs homologues des Caraïbes."
Jamaïque - Monymusk

"C'est la pièce où l'on prépare les assemblages de rhums de chez NRJ (National Rums Jamaica Limited) avant de les envoyer dans leur entrepôt de vieillissement."
Barbade - Mount Gay

"C’est la salle de distillation des Pot Still. Quand j’y étais, le maitre distillateur qui s’appelle « Blues » était là et j’ai eu la chance de goûter les sorties d’alambic. Il est distillateur chez Mount Gay depuis 45 ans et passera bientôt la main à son fils…plutôt Cool !"
Marie-Galante - Père Labat

"Le microcosme de Marie-Galante a de quoi séduire et de même pour sa paisibilité. Sur cette photo, c’est une maison juste à la sortie de la distillerie mais qui n'en fait pas partie. La distillerie est plutôt petite mais très romantique."
Guadeloupe - Reimonenq



"J’ai rencontré une des descendantes de Leopold Reimonenq. Ce qui est sûr c’est que sur place ils ne portent pas beaucoup d’intérêt au marketing mais plus à la qualité de leur produit. Ce qui m’a séduit chez eux, c’est que c’est le rhum qui développe ses propres arômes au fil des années, car ils ne changent jamais leur parc de fûts et ces derniers n’ont plus rien à apporter au Rhum."



Grenade - River Antoine

"C'est une distillerie Familiale dirigée par Madame Shirley Richards et son directeur Simon Green. La distillerie est la seule des Caraïbes à fonctionner de la sorte, avec une roue à eau qui entraine le mécanisme de presse de la canne. La bagasse est séchée pour ensuite être utilisée pour chauffer la sucroterie afin de concentrer un sirop de sucre qui sera par la suite fermenté (fermentation très longue d'environ 6 à 12 jours) et distillé à feu de bois. La réduction est très peu prononcée car le rhum est embouteillé à 69 et 75%. Même le ruisseau qui entoure la distillerie sert à rafraichir le serpentin de distillation. Ils distillent uniquement du jus de canne issue de leur terre et coupée à la main, dans des Alambics Vendôme. C’est presque une distillerie auto-suffisante. Il ne produisent pas assez pour simplement fournir le marché local."
Barbade - St Nicholas Abbey

"Même système que Rivers, c’est la canne de leurs propres champs, ils font un sirop de sucre puis ils le distillent dans un Alambic hybride. La majeure partie de la production est vendue aux touristes, Américains pour la plupart, de passage dans la distillerie."
Barbade - West Indies Rum Distillery 

"Le Rockley Still est dehors dans le jardin. Avec le rachat par Cognac Ferrand, je n’ai pas de doute qu’il sera bientôt remis en fonction. C’est une distillerie carrément sur la plage avec des stocks assez important de vieux rhums."




lundi 22 mai 2017

FAIR : Le rhum équitable

FAIR Spirits est une marque Française qui regroupe tous ses produits sous la bannière du commerce équitable. Là où la plupart des entreprises multi-spiritueux consacrent une marque à chacun de leurs produits, ici le rhum, le gin, la vodka et les différentes liqueurs mettent en avant la raison d'être de la marque : rémunérer à leur juste valeur tous les acteurs qui interviennent dans l'élaboration des spiritueux, s'assurer que leurs conditions de travail soient décentes et que ce travail permette à leur communauté de vivre dignement. De ces principes de base découlent naturellement d'autres aspects positifs : conditions de travail décentes riment souvent avec développement durable et respect de l'environnement. L'exemple et la philosophie véhiculés sont importants aussi : il s'agit d'engager une réflexion de la part des industriels, des distributeurs et des consommateurs, car en effet il est possible d'envisager un commerce international respectueux et de faire évoluer les règles de protection des travailleurs.


Le rhum Fair Belize
(Crédits photos Martin Dupont)

Ceci dit, parlons peu, parlons rhum. Le rhum Fair est désormais uniquement un rhum du Belize. Pour ceux qui n'auraient pas révisé leur géo depuis 1981, il s'agit de l'ancien Honduras Britannique. Je dis uniquement car au départ l'embouteilleur proposait également un rhum de Jamaïque très sympa provenant de la distillerie Worthy Park. Malheureusement, un conflit entre la distillerie et la coopérative fournissant la mélasse ne permettait plus d'assurer la fourniture d'un rhum issu du commerce équitable. Un petit coup dur pour Fair qui a rebondi en se consacrant complètement à son rhum du Belize et en commençant à varier énormément ses expressions.


Ce rhum provient de la distillerie Traveller's dont l'histoire est assez originale. Au départ, Traveller's était un bar qui proposait des bières, différents alcools et des assemblages faits maison de rhum, comme cela se pratiquait beaucoup à l'époque dans le pays. L'assemblage du bar Traveller's connut vite un certain succès et il est devenu assez difficile d'assurer une production stable du fameux "One-Barrel". Le patron du bar a donc noué un partenariat avec une nouvelle distillerie qu'il a fini par racheter quelques années plus tard, contrôlant ainsi toute la chaîne de production.


La distillerie se fournit en mélasse auprès d'une coopérative qui regroupe des petits planteurs adhérents à la Belize Sugar Cane Farmers Association. La canne est cultivée dans un cadre respectueux de l'environnement, ce qui est avant tout un gage de sécurité pour les planteurs et les coupeurs. Autre exemple du rôle social que joue la distillerie dans ce pays très pauvre : elle emploie un grand nombre de femmes en situation difficile pour des petites tâches que d'autres auraient tendance à confier à  des machines, comme le nettoyage des bouteilles par exemple.


Le rhum Fair Belize est un rhum traditionnel, c'est à dire un rhum de mélasse distillé en colonne à taille humaine. La fermentation est spontanée, naturelle, c'est-à-dire sans ajout de levure. Le vieillissement se fait en ex-fûts de bourbon de différentes marques, ces fûts provenant d'une coopérative qui rassemble des pièces provenant de différentes distilleries. Après un vieillissement de 5 ans au minimum, les rhums sont expédiés en Europe, puis assemblés en Charente. Petite précision qui a son importance : il n'y a aucun sucre ajouté dans ces rhums.

La dégustation !

Je vous propose de faire un tour d'horizon de la gamme qui s'est considérablement élargie ces derniers temps :

Commençons par le désormais classique assemblage de rhums d'au moins 5 ans. Il a récemment été rebaptisé "XO", aucune règlementation précise ne semble encadrer les appellations puisque pour les rhums des Antilles Françaises par exemple, le terme XO n'est utilisé qu'à partir de 6 ans de vieillissement.


Fair Belize XO - 40%

Au départ, le nez est vif et corsé, typique des rhums de tradition Anglaise. L'alcool qui s'échappe dans les premiers instants prend une forme fruitée à la manière d'un bonbon. Une rapide ouverture mène à un équilibre entre la vanille, le bois et quelques épices douces. Mais on sent que le rhum a de la ressource, les fruits exotiques bien mûrs sont là quelque part en fond. On pourrait penser à une sorte d'assemblage de rhums "Anglais" type Barbade / Guyana / Jamaïque que l'on rencontre de plus en plus souvent. L'aération n'épuise pas le nez qui envoie encore quelques touches d'alcool, florales, qui débouchent sur des notes de canne. Le rhum gagne en profondeur lorsqu'il se pose un peu, on a de la prune, du pruneau et un petit rancio / noix.

L'attaque en bouche est douce et vanillée. Le boisé est fondant et agrémenté de sucre de canne. Le cœur de la bouche est corpulent et très gourmand, comme un gâteau bien beurré et un peu caramélisé sur les bords (un petit Kouign-Amann, ça vous dit ?). Quelques notes de miel, un peu végétales, viennent s'ajouter juste pour le goût, sans entraîner une rondeur excessive. Ce miel s'étale sur la finale pour une bouche tout en plaisir, avec la persistance d'un fruité chaleureux.

Voici un rhum qui a été sélectionné pour sa polyvalence, assez séducteur pour plaire aux palais délicats et suffisamment présent pour être apprécié par un amateur "en mode détente".

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Deux versions de ce rhum ont bénéficié de finitions de 6 mois dans des fûts neufs d'acacia et de châtaigner :

Fair Belize XO finition Acacia - 40%

Le nez de ce rhum frappe par son équilibre et son côté rayonnant. De la coco grillée, du caramel, de la puissance mais dans le sens de l'ampleur et de la chaleur, pas du piquant ni de l'alcool. On le qualifierait plutôt de riche, avec des fruits à coque fondus, du chocolat au lait et de la profondeur. Le boisé est un peu ciré, avec une petite touche de solvant quant on y regarde de plus près. On imagine un rhum moelleux aux accents miellés, avec cependant un boisé suffisamment tannique pour apporter du grain. Le rhum va avoir tendance à s'épaissir avec le temps. Avec des notes de mélasse (sans réglisse) et de fruits à coque grillés, plus secs désormais, le nez est bien complet.

L'entrée en bouche se fait en douceur, avec une vanille naturelle qui donne le La. Le rhum est toujours aussi équilibré et entier, on retrouve la coco toastée, le bois et le caramel fondus. L'influence du fût vient donner de la justesse à l'ensemble, avec du poivre qui maintient l'intensité et une impression de sirop d'érable qui donne du corps. La finale déroule sur les fruits à coque et la vanille, simplement mais avec clarté et consistance. Un léger caramel salé, et on se lèche les badigoinces (ce mot vous est offert par le dictionnaire des synonymes).

Un coup de cœur pour moi. Un rhum vraiment plaisant avec de la complexité, de l'épaisseur et pas une once d'agressivité. Les notes aromatiques décrites sont simples et ne lui rendent pas forcément justice, c'est l'impression de plénitude qui est surtout très agréable. Parfois la mode des finish a vraiment du bon quand on voit ce qu'un fût neuf peut apporter en 6 mois.


Fair Belize XO finition Châtaigner - 43%

Voici un nez plutôt léger au départ, avec un boisé peu expansif qui évoque plutôt la paille. Nous restons un bon moment sur ce nez assez maigre avant d'aller vers quelque chose de plus moelleux, une côté papier humide et du beurre de cacahuète. L'ouverture n'amène pas forcément de l'ampleur mais révèle un aspect assez frais, plutôt précis. Le poivre appuie cet aspect droit, on a affaire à un rhum qui joue plutôt sur la finesse.
Puis la vanille vient bousculer le tout et prend tout à coup le premier rôle, l'alcool se renforce et diffuse des notes de sucre et de caramel. Le rhum s'est ouvert en deux temps.

En bouche maintenant, il a plus de puissance, quelques fruits mûrs apportent même un peu de "funk". Malgré tout, on sent bien un cœur assez léger qui reste sur les épices, le piment, la fraîcheur, plutôt que sur la noirceur de la mélasse ou du caramel. Un petit vernis amorce un milieu-fin de bouche plus classique, avec des fruits à coque comme une amande fraîche par exemple. La sensation est globalement celle d'un rhum assez sec qui fourmille un peu au palais. La finale se fait sur la vanille et ne s'éternise pas.

Cette finition souffre de la comparaison avec la précédente, le rhum a du mal à sortir de sa coquille, on le sent un peu étouffé.

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Continuons la montée en âge avec un rhum de 9 ans :

Fair Belize 9 ans - 41%

L'équilibre est en place au nez dès l'arrivée du rhum dans le verre. Le sucre de canne est doux, légèrement roussi. Les notes classiques de coco, de caramel, de vanille et de boisé se succèdent et se confondent dans un profil relativement léger. On se dirige vers quelque chose de plus sec avec les fruits à coque qui suivent assez vite. L'aération va empêcher de verser dans des notes trop sèches et torréfiées avec un boisé bien gonflé et bien plein. On trouve ensuite un équilibre entre miel et bois qui est très plaisant, il va servir d'écrin aux saveurs gourmandes qui vont se succéder : amandes grillées caramélisées, caramel doux et beurré, une gousse de vanille bien grasse, une mélasse un peu épicée...

L'attaque en bouche est simple, douce et facile. Le boisé domine, avec ses notes torréfiées et caramélisées, puis il découle sur une mélasse bien noire et réglissée. Quelques petites pointes salées prolongent ces saveurs de mélasse pendant un bon moment.

Ce rhum gagne en équilibre ce qu'il perd en intensité et en complexité, surtout en bouche. Avec un nez bien douillet, il reste bien entendu agréable et sera une belle transition pour un amateur de rhums "latinos" qui voudrait découvrir d'autres contrées.


La chaîne de caviste Nicolas propose également une version un peu plus vieille, de 10 ans celle-ci :

Fair Belize 10 ans - Sélectionné pour Nicolas - 40%

Au nez, toujours un joli équilibre très plaisant. Le duo vanille / coco fonctionne très bien car il donne une impression de naturel, douce mais pas dominée par un côté sucré et liquoreux. Le boisé est agrémenté d'amande ou de noix de pécan. Alors que ces fruits à coque étaient secs sur le 9 ans dégusté précédemment, ceux-ci sont bien plus gras, ce qui nous dirige maintenant vers un rhum plus moelleux où le miel va se mettre d'avantage en avant. On brise finalement l'équilibre au profit de l'alternance car à ce penchant moelleux va succéder une phase bien noire, entamée par un caramel brûlé et épicé. C'est qu'il a son petit caractère ce rhum ! Les fruits noirs sont frais, on y voit encore la rosée, le boisé est brut, il a du grain. Le caramel est maintenant carbonisé et on a presque quelques petites touches d'hydrocarbure.

En bouche, le boisé libère ses saveurs de vanille, la sensation est légère. Le caramel est plutôt fin, on évite la lourdeur, il est simplement un peu salé, ce qui permet d'apprécier la poignée de fruits à coque finement moulus. Le poivre sonne la fin de la dégustation et le rhum va rester un bon moment sur les papilles, toutes les saveurs sont présentes au rappel.

C'est une autre expression du même rhum qui est proposée ici, avec un arrangement différent et plus contrasté. La bouche est assez simple mais offre une persistance vraiment savoureuse.

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Les deux rhums qui suivent sont plus jeunes mais ont été embouteillés à des degrés plus élevés, j'ai donc choisi de les déguster en dernier.

Fair Belize 8 ans - 53,8%

Le premier nez de ce rhum offre une facette bien différente des précédents. Nous somme ici dans un registre plus végétal, presque médicinal, avec des touches d'huile de moteur ou de caoutchouc. Son caractère est bien plus affirmé, il est vif et dynamique, avec une petite acidité. L'aération va le faire rentrer un peu plus dans le rang, on reconnait l'identité à laquelle on était habitué, avec en prime des fruits rouges et noirs ainsi que des tanins qui évoquent le vin rouge. Une fois évacué le côté "industriel" et médicinal, une allure de boisé / végétal un peu paille pointe le bout de son nez avant que le rhum ne plonge dans une mélasse bien profonde et bien noire aux accents de réglisse. A cet instant, le rhum est volatil et s'amuse avec notre nez, il faudra laisser un peu de temps avant qu'il ne se pose sur des fruits bien mûrs et un peu confits, comme un pruneau encore bien gonflé.

L'attaque est vive et franche, elle saisit bien la bouche, c'est intense mais fondant et bien plein, top ! Le caramel est savoureux mais pas doucereux et le boisé toasté est là en abondance pour ne pas lâcher les papilles d'une semelle. Les fruits à coque se déploient, la noix a toute la place pour s'épanouir, et la caresse des fruits mûrs et du pruneau continue d'étaler le rhum de tous les côtés. La finale laisse la vanille s'inviter à la fête pour une très bonne longueur bien savoureuse avec une petite pirouette fumée en conclusion.

Les presque 54% permettent de montrer un autre visage du rhum du Belize, moins consensuel mais concentré et énergique, tout en conservant son charme et ses repères.


On continue l'ascension avec un Single Cask de 8 ans (2007-2015) embouteillé à 62% et limité à 400 bouteilles. Un rhum sélectionné par Freddy Lucina de la cave A'rhum.

Fair Belize 8 ans - Single Cask A'rhum - 62%

On sent tout de suite une belle concentration au nez, qui avec un duo coco / vernis n'est pas sans rappeler un grand nom imprononçable de la région du Demerara. Les fruits exotiques comme la banane et la mangue sont tombés au sol depuis peu, ils sont très mûrs et ont même commencé à fermenter. Quelques fruits rouges acides renforcent l'intensité, on a encore passé un cran. Au cœur d'un vieux fût bien noir, des notes végétales de fleurs séchées, de tisane. On a une concentration d'arômes indéchiffrable (ou que l'on a pas envie de déchiffrer), en tout cas toutes les caractéristiques des rhums Fair sont là (bois toasté, caramel, vanille, coco), amalgamées et soulignées par des épices fines. C'est un nez sur lequel on peut s'attarder, on appréciera la distinction du boisé, du bois de santal et de la vanille bien mûre. Il n'est pas agressif (pour peu que l'on respecte la distance requise pour un rhum qui dépasse les 60% tout de même) et il est surtout bien complet, avant même l'apparition d'un petit air mentholé.

En bouche, comme au nez, il est à prendre avec les égards qui s'imposent car l'attaque est puissante. On sera récompensé par un miel très riche, solaire, qui se déverse lentement comme de la sève. La sensation est huileuse, on a toujours ce concentré de caramel / vanille / bois toasté qui évoque un sirop d'érable d'un nouveau genre, très intense mais pas sucré. La fin de bouche est très boisée, avec des notes de cèdre et de bois de santal.

La dégustation se referme sur une dernière grosse vague de coco et de vanille, cette finale est entretenue niveau intensité mais ne restera pas forcément très longtemps au palais.

Une très belle sélection de Mr Freddy, avec une concentration et une justesse que l'on peut admirer et apprécier pendant un long moment. 


Maintenant que l'on sait que les chais de la distillerie Traveller's recèlent de telles pépites, on compte sur Fair pour continuer à nous faire découvrir ces rhums qui semblent-ils peuvent offrir une grande variété de plaisirs. En résumé :

- Le XO est une bonne entrée en matière qui permettra de faire plaisir à une belle tablée sans avoir à s'infliger des rhums "confiserie".

- La finition acacia est très réussie, un vrai rhum plaisir qui a tout pour lui, alors que j'ai été moins séduit par la finition en fût de châtaigner.

- Les versions de 9 et 10 ans sont assez semblables, bien que différemment équilibrées.

- Les embouteillages à plus fort degré rendent justice aux rhums en leur permettant de montrer des profils plus complets, le single cask évoluant vraiment dans une autre galaxie.


L'avenir de Fair

Comme nous l'avons vu, l'arrêt de l'embouteillage de rhum de Jamaïque a permis à Fair d'explorer plus profondément le rhum du Belize. La marque n'a pas perdu de sa volonté de promouvoir les bienfaits d'un commerce juste et équitable et a continué ses recherches, lesquelles l'ont menée à l'Île Maurice mais aussi à Cognac.

Le prochain embouteillage prend la gamme classique à contre-pied total. L'embouteilleur de rhums vieux du Belize devient aussi producteur de rhum blanc Mauricio-Cognaçais. Je m'explique : voici un rhum blanc élaboré à base de muscovado, un sucre non raffiné ou plutôt un jus de canne évaporé où l'on a pas séparé le sucre cristallisé de la mélasse. Ce muscovado est distillé par Philippe Laclie, un artisan de la région de Cognac, à la distillerie de Bercloux. La distillation se fait en une passe dans un alambic Stupfler conçu pour les eaux-de-vie de fruits, ce qui permet de conserver un maximum d'éléments aromatiques.

Fair Muscovado - 55%

Le premier nez est puissant et frais, à la manière d'un rhum agricole. Après quelques secondes, le rhum se pose sur des notes de marron glacé ou d'artichaut bien cuit et de pralin. Ces arômes plutôt confortables cohabitent avec un caractère plus végétal, sur la fibre de la canne ou sur un jus fraîchement pressé. Le verre dégage sans relâche des vapeurs éthérées et des notes de sucre de canne, en alternance avec des agrumes plus amers qui entretiennent la fraîcheur et la vivacité. On fait un petit retour à la canne chaque fois que l'on repasse par le sucre, alors que les notes de tête fruitées et florales ne sont toujours pas dissipées.
Le versant végétal devient presque médicinal et les notes plus profondes de fermentation font surface. Il y a toujours ce petit quelque chose de rhum agricole même si l'on est pas dans nos repères habituels avec ces notes de sucre de canne roussi. Dans la puissance, on note aussi un côté un peu cuivré et iodé, et parfois quelques effluves un peu alcooleux tout de même.

La bouche est très légère, ténue, elle se fait discrète au départ. La sensation est très lisse, smooth, aucune trace des 55%, c'en est assez impressionnant. Puis quelques notes de fermentation craquent la surface et laissent le champ libre à la canne et aux agrumes, pour une sorte de ti-punch bien sec. Une petite saveur réglissée nous emmène vers une finale qui revient sur les notes de marron glacé ou d'artichaut cuit à la vapeur. 

Il est intéressant de voir que l'emploi du sucre muscovado permet de conserver un caractère qui penche définitivement du côté du rhum agricole. De plus, l'utilisation de l'alambic traditionnel procure des notes rondes et une sensation très (trop ?) soyeuse en bouche. Pour vous donner une idée, je rapprocherais ce rhum du Chamarel Double Distillation, le fruité en moins et avec quelques notes alcooleuses qui perturbent un peu le nez. L’expérience est très intéressante en tout cas, et je suis sûr qu'un repos assez long et même un petit passage sous bois donneront de superbes résultats.